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Ruches à caser

L'apiculture ne fait plus recette. Certains résistent pourtant, même en milieu urbain, transportant leurs ruches hors de la ville en fonction des saisons et des fleurs que les abeilles sont invitées à butiner.
Dans un coin de verdure du Neuhof à Strasbourg, Jean-Claude Moes, apiculteur, veille sur une rangée de ruchettes destinées à l'élevage d'abeilles. Cet ancien cadre a tout laissé tomber il y a quinze ans pour les abeilles dont il s'est pris de passion. 

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Jean-Claude Moes se pique d'apiculture depuis bientôt 18 ans. (Photo DNA - Cédric Joubert)

A l'été 2005, un essaim d'abeilles avait eu la bonne idée d'élire domicile sur la terrasse d'un café situé place de la Cathédrale. Affolement général, intervention des pompiers, périmètre de sécurité. « Un essaim, c'est toujours la cata pour les riverains. C'est impressionnant et la phobie de l'abeille joue à plein », avance Jean-Claude Moes, l'apiculteur alors appelé à la rescousse. Lui a ramassé l'essaim « avec une balayette et un carton », peinard « en polo à manches courtes ».
 Cette année, Jean-Claude est déjà sorti une trentaine de fois pour récupérer des abeilles perdues à Strasbourg ou dans la CUS : « C'est une saison chargée qui se termine. Il devrait y avoir quelques essaimages encore, mais en nombre marginal. Le gros des "déménagements" se fait au printemps ».

Aux quatre coins du département

Aujourd'hui, Jean-Claude Moes possède 180 ruches qu'il transporte d'un coin à l'autre du département, selon les saisons et le type de miel souhaité : acacia, tilleul, châtaignier. Il installe son matériel sur les secteurs de Villé, dans la forêt de la Hardt, à Wangenbourg, à Plaine ou dans les Vosges. « Certains apiculteurs importants - qui entretiennent un parc de 1 000 ruches - descendent même jusque dans le Midi de la France ».

Jean-Claude Moes est un itinérant, comme une bonne partie des producteurs de miel, contraints de transporter leur précieux équipement loin des secteurs trop urbanisés ou des cultures de maïs. « Je procède à une quarantaine de transhumances par an, une lourde opération, chaque ruche pesant entre 40 et 50 kg ». Une grue de levage est souvent hors de portée des petites structures.

8 à 10% en moins

Produire du miel nécessite un investissement relativement conséquent : chaque ruche coûte entre 150 et 225€, un essaim revient à 80€. Or le prix de vente du miel reste stable en France (10 à 12€ le kilo), concurrencé par le miel d’Asie. « Certains miels de provenance lointaine arrivent dans les ports à 2€ le kilo », constate Jean-Claude Moes, qui insiste sur la préservation de l'aspect qualitatif pour écarter les dangers de la concurrence. « En Alsace, on ne compte plus que 3 300 à 3 400 apiculteurs. Chaque année 8 à 10% disparaissent. La moyenne d'âge dépasse 65 ans ». Jean-Claude Moes espère que la relève viendra : « L'apiculture a quelque chose de magique ; c'est une activité essentiellement humaine, car les ruches doivent être surveillées de très près ».

Après avoir vécu la cruelle expérience d'un élevage entièrement décimé, cet apiculteur strasbourgeois ne cesse de prôner la stricte observation de règles édictées par les programmes sanitaires. Chaque producteur doit tenir à jour un registre qui permet d'assurer une traçabilité intégrale. Ce dispositif de contrôle devrait être assorti de visites sanitaires obligatoires (*) : tout un programme dont les Groupements de défense sanitaires des apiculteurs - Jean-Claude Moes a été élu président pour le Bas-Rhin - prônent l'application intégrale.

 

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